Hérault : Christian Bilhac, “les élus locaux rémunérés sous le Smic pakistanais”

Hérault : Christian Bilhac, "les élus locaux rémunérés sous le Smic pakistanais"
PIERRE SALIBA
l’avant-veille de l’assemblé générale de l’association des maires de l’Hérault, ce samedi à Roujan, Christian Bilhac, maire de Péret et président de l’association, partage ses inquiétudes.
Les sujets qui fâchent ne manquent pas…
Effectivement, on pense à la taxe d’habitation, aux dotations de l’Etat qui continuent de baisser, la fameuse Super règle d’or qui va limiter les collectivités, dans le temps, sur l’endettement. C’est encore très flou, mais on sait que c’est dans une fourchette d’une dizaine d’années. C’est-à-dire que les collectivités doivent avoir une capacité de désendettement inférieure à 10 ans, 9 ans… on ne sait pas trop encore. Mais cela aura un impact assez fort sur les collectivités. C’est quand même fabuleux, que l’état qui lui, n’a aucune règle d’or, qui s’enfonce de plus en plus, jusqu’au menton, se permet de donner des leçons de gestion aux collectivités, comme une super règle d’or…
Cela va peser sur les communes rurales ?
Et cela aura surtout de l’effet sur les communes rurales au travers des deux partenaires privilégiés, quand on fait de l’équipement, que sont la Région et le Département. On voit que certains départements aujourd’hui ne sont plus en capacité d’accompagner les communes par des subventions. Ce n’est pas le cas de l’Hérault, mais c’est l’effet domino. Le département est obligé de payer le RSA, de payer les collèges, les routes, parce que cela fait partie de ses compétences obligatoires. Et avec la mise à sec des finances des départements, par voie de conséquence, ce sont les compétences facultatives qui pâtissent et l’aide aux communes…. On n’en est pas encore là dans l’Hérault mais on s’en inquiète.
Vous allez faire des affiches contre l’Etat, vous aussi ?
Non, mais le préfet aura droit à tout. Je parle, cela suffit, c’est assez tendu. L’exemple type, cela ne concerne pas ce nouveau gouvernement, c’est l’état qui, d’un côté nous demande de mettre en place les rythmes scolaires. Je ne parle pas de la façon dont on est revenu dessus. Et qui, à la fin de l’année, nous dit : “vous vous rendez compte : vous avez augmenté vos dépenses personnelles…” On a aussi la fin des contrats aidés, ce qui pose problème tant au niveau financier que sociétal. On permettait à des gens en situation de fragilité d’avoir un emploi, un revenu, de se sentir utile. Il y a aussi, je l’évoque, une espèce de recentralisation des services de l’état qui devient de plus en plus tatillon.
Vous faites part d’un certain malaise chez les élus…
Il y a une toujours cette suspicion, qui perdure, et pèse sur les élus locaux de la part de l’état. C’est ce mépris, quand on dit qu’il y a trop d’élus locaux, on dit attendez : il y a 450 000 bénévoles, je ne vois pas ce que la France gagnerait à les supprimer, bien au contraire. Je le dis, les conseillers municipaux, ce sont des bénévoles. Et les maires et adjoints de petites communes, j’ai l’habitude de dire qu’ils sont rémunérés au Smic pakistanais. Un collègue disait l’autre jour, en réunion, qu’il reverse intégralement son indemnité à un groupe multinational qui s’appelle Total. Ses indemnités couvrent à peine le plein d’essence.
Vous pensez qu’ils y a une crise des vocations ?
Non, mais je ne vois pas ce que l’on économiserait en supprimant quatre conseillers municipaux à Cabrerolles. Ces gens travaillent, ils se sacrifient pour la chose publique. Je pense qu’il y aura certainement un énorme renouvellement en 2020.
Des raisons tout de même d’être optimiste ?
Oui, les Français ne sont pas dupes : la mairie, le maire et les élus municipaux sont aujourd’hui à peu près les seuls qui, vis-à-vis de la défiance politique, arrivent encore à avoir une certaine crédibilité.
source : Midi libre Béziers 03/11/2017